2007 verra le retour d’un « déficit abyssal » des comptes de la Sécurité sociale, supérieur à ceux de 2002 et 2003 qui avaient pourtant justifié la réforme Douste-Blazy. Sur l’Assurance maladie, pour le seul régime général, on atteint plus de 6 milliards de déficit en 2007. On est loin du retour à l’équilibre prévu par la loi Douste-Blazy et des déclarations d’autosatisfaction de Xavier Bertrand.
Sur le sujet, le Comité d’Alerte s’est révélé inefficace par son intervention trop tardive et insuffisante dans ses préconisations.
Ces chiffres traduisent deux réalités : l’échec de la réforme Douste-Blazy (qu’il s’agisse de la maîtrise médicalisée, de l’effet du parcours de soin, du DMP) ; l’absence délibérée de sauvegarde des finances sociales (qu’il s’agisse des revalorisations inconsidérées des professionnels, des dettes de l’État vis-à-vis de la Sécurité Sociale, des recettes insuffisantes au regard de l’ONDAM, d’une gestion de trésorerie coûteuse et à la limite de la légalité).
L’accumulation des déficits aboutit au gonflement ahurissant de la dette sociale : la CADES devra reprendre plus de 60 milliards de dettes accumulées ces deux dernières années et en 2008. L’augmentation pratiquement mécanique du CRDS est évidemment programmée pour 2008.
Pendant ce temps-là, notre système de santé se dégrade sérieusement : le nombre de territoires qui connaissent des difficultés d’accès aux soins en raison de pénurie médicale, des défauts de la mise en uvre de la permanence des soins comme la difficulté et parfois l’impossibilité dans de nombreux départements de pouvoir consulter des praticiens en secteur 1, la situation des hôpitaux toujours plus contraints par des financements insuffisants et une trésorerie le plus souvent négative (7 à 800 millions d’euros) aboutissent à une dégradation profonde de la qualité et de l’égalité des soins.
Enfin, aucune des réformes structurelles visant à améliorer la qualité des soins n’a progressé : ni l’amélioration de la prescription médicamenteuse (seul le générique a un peu progressé mais essentiellement par substitution chez le pharmacien et cela à un coût très élevé), ni le DMP.
Cette situation n’est évidemment pas une découverte pour la majorité actuelle qui porte la responsabilité de ces cinq années d’incurie.
En fait il s’agit plutôt d’une « stratégie cachée » pour organiser la privatisation de pans entiers de notre Assurance maladie, et transférer sur les ménages une part de plus en plus importante des coûts de santé.
Faute de pouvoir être assumée pleinement, c’est une logique de « découpage en salami » de notre protection sociale qui est mise en uvre : Un euro, 18 euros, 50 euros, tous les plans s’appuient sur une progression constante du déremboursement des premiers soins, concentrant l’intervention de la Sécurité sociale sur les maladies les plus graves.
La logique des franchises continue et amplifie ce mouvement.
Mais nous l’avons compris, au regard des chiffres et des propos tenus hier par Nicolas Sarkozy, le pire est à venir à la fin du premier semestre 2008, après les élections municipales.
Cette majorité, je l’affirme, prépare un plan de déremboursement massif du petit risque par l’instauration d’une nouvelle franchise à hauteur de plusieurs centaines d’euros par Français.
La santé des Français et notre système d’Assurance maladie justifient des réformes profondes, multiples et globales. L’objet premier du PLFSS et de nos propositions sera de sauvegarder les finances de l’Assurance-maladie pour 2008 afin de refuser le plan de déremboursement que l’on nous prépare et de colmater l’hémorragie financière qui a gonflé notre dette sociale.
Le prochain PLFSS doit contenir des mesures financières à la hauteur des enjeux avec : le remboursement par l’État de sa dette (5 milliards d’euros) et le paiement intégral et immédiat des exonérations de charges supplémentaires engagées notamment par le paquet fiscal (TAP) ; l’attribution à la Sécurité sociale de la totalité des recettes alcool-tabac (3 milliards d’euros supplémentaires) ; la fin des niches sociales dénoncées à juste titre par la Cour des Comptes, et notamment en exigeant le paiement de la part patronale sur les licenciements de préretraite (cotisations retraites et maladie pour 3 milliards d’euros) et des cotisations sociales sur les stock-options (3 milliards d’euros) pour mettre à égalité le niveau de prélèvements quelle que soit la nature du revenu.