août 28

Comme d’autres parlementaires du groupe socialiste j’ai reçu, à la fin du Printemps dernier, une invitation officielle du Président de l’Assemblée Nationale algérienne à me rendre en Algérie en remerciement de mon action et de mon vote contre le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 tendant à introduire dans nos programmes scolaires l’éloge des réalisations du colonialisme.

Cette démarche insolite m’avait laissé un sentiment mélangé : au-delà de la manifestation d’ouverture et d’amitié que semblait signifier cette invitation, je ne voulais pas laisser croire que mon engagement contre cette loi (j’étais l’un des premiers membres du groupe socialiste à être intervenu pour dénoncer l’adoption subreptice de cet article scélérat) pouvait avoir d’autres motivations que la défense des valeurs républicaines excluant tant à la fois que l’histoire soit enseignée à nos enfants sous la dictée du pouvoir politique et que notre pays se laisse aller à cultiver des nostalgies réactionnaires.

C’est au nom de ces raisons prioritaires que la Gauche toute entière, de Jean-Michel Baylet à Arlette Laguiller, rassemblée dans un appel unitaire initié par Dominique Strauss Kahn, a contraint la majorité à reculer et Jacques Chirac à abroger de fait ce funeste article 4.

Rien à voir donc avec une quelconque preuve de souplesse diplomatique vis-à-vis de l’Algérie et encore moins avec un satisfecit à la campagne outrancière, nationaliste, et un soupçon antisémite menée par M. Bouteflika assimilant grossièrement le colonialisme à la Shoah. C’est pourquoi je veux ici dire ma gêne après les propos et les commentaires exprimés par François Hollande lors de son voyage en Algérie au début de cet été.

L’Algérie est un grand pays et un partenaire essentiel et incontournable de la France. Rencontrer ses dirigeants est nécessaire pour une gouvernement comme pour un parti d’opposition qui aspire à gouverner. Mais nous ne saurions négliger, en tant que socialistes mais aussi comme force politique appelée à gérer la France, la nature et l’action du gouvernement algérien et le contexte politique des relations entre nos deux pays.

Disons la chose clairement : le PS n’a aucun complexe à avoir vis-à-vis de la classe politique et militaire qui dirige ce pays depuis plus de quarante ans. Le courant socialiste, au travers de la SFIO, a trébuché sur la question coloniale en Algérie. Il en a payé à juste titre le prix, et s’est reconstitué, à l’occasion du Congrès d’Epinay de 1971, tant idéologiquement qu’humainement sur des bases anticoloniales. Il peut donc être légitime pour le Secrétaire nationale du Parti Socialiste de présenter ses excuses au peuple algérien mais seulement à un moment et dans un contexte suffisamment appropriés pour qu’elles ne puissent en aucun cas apparaître comme une quelconque approbation d’un pouvoir que nous ne pouvons cautionner en aucune manière.

Nous avons par ailleurs, de longue date, des relations amicales et d’échanges fructueux avec le FFS (Front des Forces Socialistes), parti d’opposition algérien.

En ce début d’été 2006, alors que le Président algérien envisage de se faire désigner Président à vie, on ne peut en effet que mesurer les insuffisances dramatiques d’un régime qui a trop longtemps privé son peuple de liberté, de démocratie, de paix civile, de développement social et culturel. Alternativement Islamisme et Hyper nationalisme agressif ont été mis en scène pour cacher des pratiques bien éloignées de l’idéal révolutionnaire.

La Droite française s’est le plus souvent satisfaite de la situation qui domine en Algérie pour asseoir des relations de pouvoir cyniques. Nous, hommes et femmes de gauche, responsables de l’opposition, n’avons pas à reprendre cette politique-là. Depuis plusieurs années, les relations franco-algériennes trébuchent. Prenons garde, dans ce contexte si particulier, à ne pas nous laisser instrumentalisés.

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