La double illusion
Posté par Jmlg
Par Jean-Marie Le Guen, Député de Paris
et Pierre Moscovici, vice-Président du Parlement européen
Ségolène Royal vient de proposer la surveillance populaire des élus, avec des jurys citoyens tirés au sort. Évitons, d’emblée, l’écueil de la dénonciation : qualifier une position de populisme ne sert pas la cause du débat public. Mais cette proposition importante mérite d’être discutée. L’idée, bien sûr, n’est pas sans fondement : les élus doivent rendre compte de leur administration, les municipalités, de plus en plus, généralisent et multiplient les comptes rendus de mandat, la démocratie participative s’étend, et c’est une bonne chose. Il n’est pas non plus niable, comme l’écrit Pierre Rosanvallon, dont cette démarche veut s’inspirer, que l’érosion de la confiance dans les représentants est l’un des problèmes majeurs de notre temps, que la politique vit à l’ère de la défiance. Pour autant, nous pensons que cette proposition engendre une double illusion.
Nous ne croyons pas, tout d’abord, que l’on puisse, sans dommage, opposer la sagesse populaire aux défauts des élus, que la défiance envers les institutions et l’affaiblissement des représentants puissent offrir une issue à la crise démocratique française, incontestable. Nous ne sommes pas opposés à un surcroît de démocratie participative ou de démocratie directe, mais nous affirmons qu’en République la souveraineté appartient au peuple à travers l’élection de ses représentants, et que la seule surveillance qui vaille est l’élection. Refondons plutôt la République, réformons nos institutions, rendons à la fonction présidentielle, équilibrée par de vrais contre-pouvoirs, sa fonction d’entraînement et sa capacité d’incarnation : là est pour nous le chemin du retour de la confiance démocratique.
N’oublions pas, ensuite, que la vraie source de la défiance démocratique réside dans l’impasse sociale que traverse notre pays. La question institutionnelle et politique est importante, mais seconde par rapport à la question économique et sociale. Là encore, c’est la confiance qu’il faut restaurer. C’est parce que notre société est minée par le chômage de masse, brisée par les inégalités, secouée par ses divisions, qu’elle doute. La remise en route de la démocratie sociale est pour nous la bonne voie pour conforter le pouvoir d’achat, réaliser les réformes sociales indispensables retraites, sécurité sociale professionnelle, santé durable -, retrouver le chemin de la croissance et de la création d’emplois. C’est par le résultat, non par la punition, que se renouera le lien entre les élus et les citoyens.
Nous partageons, en cela, le diagnostic de Pierre Rosanvallon : si la fonction d’accusation absorbe toute l’activité civique, le citoyen s’éloignera davantage encore, et de façon structurelle, du pouvoir. N’érigeons pas le peuple en juge, ce n’est rendre service à personne. N’allons pas dans la pente de la défiance : c’est au contraire un pacte de confiance, le pacte de l’Elysée que propose Dominique Strauss-Kahn, qu’il faut construire en 2007.