Par Jean-Marie Le Guen, LIBERATION, le 25 janvier 2008.
En proposant la suppression de la publicité sur les chaînes du service public audiovisuel, Nicolas Sarkozy semble vouloir réaliser le rêve que certains, à Gauche comme dans certains milieux culturels, formulaient depuis de nombreuses années. Débarrassée du lest publicitaire, la télévision publique pourrait enfin pleinement devenir l’Eldorado culturel, éducatif et démocratique.
Pourtant, il est à craindre que l’objectif du Président de la République soit bien éloigné de cet idéal estimable. Le fait qu’au même moment le gouvernement veuille introduire la publicité sur Radio France laisse penser qu’il s’agit, pour sa part, moins d’une question de principe que d’opportunité.
En vérité, Nicolas Sarkozy pourrait s’appuyer sur les arguments des défenseurs d’une civilisation de la culture libérée des forces de l’audimat et de la contrainte commerciale pour mettre en place les premières pièces d’un grand mécano industriel et tout-puissant. La révolution du PAF sera beaucoup moins progressiste que certains l’espèrent !
Les tenants de l’abrogation de la publicité sur le service public sont de bonne foi. Mais leur argumentation ne correspond malheureusement pas à la situation réelle de la télévision publique française, désormais très dispersée, jouissant historiquement d’une légitimité incertaine au regard de l’adhésion des téléspectateurs et des citoyens, et sans doute d’une productivité faible. L’exemple de la BBC britannique, pour éclairant qu’il soit, n’est en aucun cas comparable avec le système français.
Par contre, la décision de Nicolas Sarkozy aura immanquablement des conséquences majeures sur tout le PAF.
Ainsi, les effets économiques à attendre sont principalement de trois ordres :
- Tout d’abord, l’affaiblissement considérable des moyens de l’audiovisuel public, à court et moyen terme. Malgré le recours aux taxations évoquées, comment imaginer que l’État puisse disposer de 800 millions d’euros en cette période de disette de fond public, alors même qu’une simple rallonge budgétaire a été refusé cette année ?
L’audiovisuel public, étranglé financièrement, risque d’entrer dans une crise interne profonde et de se marginaliser de façon irréversible. Structurellement exsangue, il sera définitivement à la merci du pouvoir politique qui contrôlera son budget dans sa totalité. Lire la suite »