jan 12

Ma chère Martine,

Nicolas Sarkozy a mis le problème des retraites au centre de l’agenda social de 2010. Certes, cette décision ne saurait faire oublier les difficultés immédiates que rencontrent beaucoup de nos concitoyens : le chômage, la fin de son indemnisation pour beaucoup, l’affaiblissement des services publics, notamment de la santé… Pourtant la question des retraites n’est pas un sujet comme les autres.

D’abord parce que l’allongement de la durée de vie et ses conséquences sur notre organisation sociale est une des mutations les plus profondes que notre société doit conduire. Ensuite parce que le dossier précis de l’avenir des retraites inquiète légitimement tous les Français et pèse lourdement sur notre vie économique et sociale.

La réforme de 2004 conduite par François Fillon n’a pas, tant s’en faut, réglé les problèmes : elle a au contraire fragilisé les retraites des salariés les plus précaires et n’a pas apporté de garanties financières à l’avenir de nos systèmes de retraite. L’abandon du financement du fond de réserve des retraites n’a fait que fragiliser l’ensemble de notre système. Les réformes engagées par Nicolas Sarkozy sur les régimes spéciaux l’ont été essentiellement de façon idéologique et peu opérationnelle.

Mais force est de constater qu’au plan politique, notre attitude cantonnée jusqu’à présent - peut-être malgré nous - à la seule dénonciation n’a pas été un succès pour le PS.

Aussi, je crois qu’il faut que nous adoptions très vite un dispositif qui nous évite de nous retrouver dans la même situation. Pour cela, il faut tout d’abord que nous établissions nos propres propositions.

Comme d’autres, j’y ai réfléchi. Je crois qu’au-delà du financement futur des régimes de retraite, notre ambition doit être d’assumer globalement cette mutation, en constatant en particulier les inégalités sociales croissantes devant la progression de la durée de vie après l’âge de la retraite. Aussi le problème pour la gauche ne doit pas être de refuser l’allongement de la durée de vie au travail mais de le rendre réellement possible, acceptable et équitable.

Mais au-delà de ces propositions, je crois surtout qu’il nous faut changer la méthode de notre action politique. Je suis convaincu que le PS doit demander très officiellement à être associé aux discussions sur l’avenir des régimes de retraite, et qu’il doit se déclarer prêt à contribuer si possible à un compromis social sur cette grande question. Je sais que cette démarche serait une nouveauté dans la structure du débat politique dans notre pays. Mais outre le fait qu’elle est presque banale dans d’autres démocraties, elle se justifie pleinement par la nature du sujet : l’avenir des retraites est non seulement une cause majeure d’intérêt social et national, mais elle constitue surtout une politique qui doit s’inscrire dans le long terme et dont la mise en œuvre devra assurément être assumée par différents gouvernements et - espérons-le - des majorités différentes.

Enfin, une implication du PS dans le débat serait le moyen le plus sûr d’assurer, aux côtés des organisations syndicales, un rapport de force favorable aux salariés. Et nous pourrions ainsi empêcher la tentation funeste d’un passage en force.

Cette démarche n’altère en rien notre opposition résolue à la politique économique et sociale du gouvernement. Elle prend acte du fait qu’il n’est pas facile de s’engager à remettre en cause des dispositions sociales adoptées et plus encore de le faire quand on est au pouvoir.
Ainsi, je suggère que nous soyons à l’offensive, que nous fassions preuve de notre efficacité et de notre volonté de prendre à bras le corps les difficultés de notre pays qui risque de s’enfoncer dans une crise sociale sans précédent.

Telles sont, chère Martine, les propositions que je voulais te faire.

Restant à ta disposition pour en discuter plus largement,

Je te prie de recevoir mes très sincères amitiés socialistes.
Jean-Marie LE GUEN

Commenter cet article

ElectoBlog basé sur Wordpress © 2010 Inovagora